Je ne voulais pas écrire cette semaine. Je n’avais pas l’inspiration, et puis j’ai vu ce commentaire d’une maman concernant mon article sur la mère (im)parfaite que nous sommes. Pour résumer, elle affirme que la mère parfaite que je décris existe et que sur les réseaux sociaux, il n’y a que des jérémiades de la part des autres mères qui voudraient nous faire croire le contraire et qui ont des problèmes à régler car elles développent un «complexe» par rapport à ces mères. Sur le coup, je vous avoue que je n’ai pas su quoi répondre (ah mais attend est-ce mon premier commentaire méchant ? Ah ah il parait que ça vient avec la gloire, à moi les projecteurs…arrête de t’emballer Clarisse), surtout que je ne pensais juger personne et que je précisais que c’était de l’humour.

Au tout début de mon blog, j’avais écrit un article sur les instants magiques d’une maman et on m’avait dit qu’il fallait faire attention avec ce genre d’article car ça ne représentait pas la réalité. Alors quand je parle de bons moments ça va pas et quand je parle que c’est dur d’être maman ça va toujours pas. Finalement, j’ai commencé à me poser des questions (oui ça m’arrive de temps en temps) et j’en suis venue à la conclusion que lorsque tu es maman : l’enfer c’est les autres.

En effet, dès le moment où vous annoncez votre grossesse, les gens ne peuvent s’empêcher de venir graviter autour de vous pour vous donner quelques conseils ou voir quelle mère vous êtes. Il doit y avoir une règle qui stipule que tout le monde a le droit de vous dire comment mener votre grossesse et comment élever vos enfants.

Pendant la grossesse.

Il n’est pas rare de trouver des articles sur la blogosphère, dans lesquels des mamans ou future mamans relatent les phrases qu’elles ont entendu pendant le grossesse. Je pense notamment à celui de Noémie du blog boubouublog (cliquez juste ici). Je suis persuadée que vous même vous en avez entendu de belles.

La plupart du temps les gens ne pensent pas à mal et ça part même d’un bon sentiment mais souvent des fois, ça nous agace. Une phrase que je ne supportais pas c’est mange pour deux, je ne sais pas pourquoi mais je l’ai toujours trouvée ridicule.
Quant au choix du prénom ou le sexe de l’enfant n’en parlons pas. J’ai vu des amis se faire harceler sur le prénom car ils voulaient attendre la naissance.

J’ai aussi remarqué une chose assez bizarre, ce sont plus les hommes qui m’aidaient et me laissaient la place que les femmes. Je pensais naïvement qu’elles devaient comprendre puisqu’elles sont passées par là avant moi. Je me suis rendue compte que ça n’était pas forcément le cas, un peu comme si elles se disaient intérieurement   j’ai ramé, à ton tour maintenant, nananananère .

Le meilleur pour la fin : une petite anecdote. Alors que j’étais dans un magasin et que je me dirigeais tranquillement vers la file d’attente, j’ai vu une personne presque courir pour ne pas me laisser la place alors que théoriquement j’étais prioritaire.

Lorsque bébé est là.

Là il y aurait matière à dire avec toutes les personnes pétries de bonnes intentions qui pensent savoir mieux que toi ce dont ton enfant a besoin. Si je m’aventurais sur ce sujet, cet article ne se terminerait plus alors je vais faire le choix d’aborder ce qui me semble le plus important : la comparaison.

Je sais que c’est normal de penser à sa propre expérience lorsqu’on nous raconte quelque chose, c’est même humain. C’est notre vécu qui conditionne nos réactions, nos sentiments face à une situation mais lorsque cette comparaison est malsaine, qu’elle est là pour se sentir meilleur que l’autre en se donnant un vague sentiment de fierté elle peut être un enfer.

J’adore parler de mon accouchement si on me le demande, mais j’ai remarqué qu’il y avait une espèce de course à la douleur et que si tu n’as pas assez souffert, tu n’es pas aussi légitime qu’une autre maman. Bien sûr je ne parle pas pour tout le monde (et heureusement) mais certaines te font sentir qu’elles ont beaucoup plus souffert que toi, que c’était épuisant, etc…mais peu importe. Toutes les mamans ont donné la vie, et celle qui a eu un accouchement de rêve a le droit d’être fière et a autant de mérite qu’une autre. Le principal n’est-il pas que bébé et maman aillent bien et que tout soit fait avec amour ?

Ensuite, et là c’est surement la partie qui me touche le plus, il y a la comparaison entre les enfants. Ce qui est blessant, c’est quand ça vient d’une personne de ton propre entourage qui murmure en pensant que tu n’entends pas  « oui mais untel à cet âge là il tenait déjà assis », mon petit coeur de maman en a pris un coup.

Voilà, mon bébé est un enfant que l’on pourrait qualifier « en retard », j’aime à dire qu’il prend son temps plutôt, pour mon plus grand plaisir car cela reste mon gros bébé un peu plus longtemps.

Les gens te posent des questions puis ils te disent, et ils sont surement sincères, « oh ça viendra » ! Puis il y a ceux qui au fond sont contents car leur enfant a marché plus tôt que le tien, ou parce qu’il dit déjà maman, ou encore parce qu’il a plus de dents.

Moi je rigole car c’est vrai que sur le cv plus tard on demande à quel âge vous avez marché ou combien de dents vous aviez à 6 mois ( Maman BCBG toi qui es RH, dis nous à quel point ce critère est important lors des entretiens d’embauche ). Et si vous voulez séduire une personne vous n’omettez pas de lui dire que vous teniez déjà assis à 5 mois et que vous étiez donc hyper en avance.

Allez je taquine ces personnes mais je comprends qu’elles soient fières des progrès de leurs propres enfants au point d’en faire une annonce au monde entier (oui oui moi c’est ce que je vais faire quand il va marcher). Seulement, occupez-vous de vos enfants et n’essayez pas de vous déculpabiliser en observant les retards ou les avances des autres. Reconcentrez-vous sur l’essentiel, et encouragez vos enfants, valorisez leurs efforts et leur progrès, qu’ils se sentent en confiance et non toujours comparés. Ne lancez pas ce regard aux autres parents qui les font se sentir coupable.

Au fond, comme je le répète souvent, il n’y a que des mères qui font leur possible alors laissez les vivre leur grossesse ou leur maternité comme ils le veulent.

Bien sûr qu’il faut continuer à donner des conseils ou essayer d’aider, mais il faut aussi prendre le temps d’écouter les autres.

En écrivant ces mots je me rends compte que j’ai peut-être moi-même été l’enfer d’une maman ou future maman et je m’en excuse. Promis je vais essayer de faire mieux.

L’enfer c’est peut être les autres mais moi je vous dis que je vous aime quand même.

Allez je vous embrasse et vous dis à très vite sur le blog

Pour votre culture personnelle

« “ L’enfer c’est les autres ” a été toujours mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c’était toujours des rapports infernaux. Or, c’est tout autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné, de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d’autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui et alors, en effet, je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu’ils dépendent trop du jugement d’autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu’on ne puisse avoir d’autres rapports avec les autres, ça marque simplement l’importance capitale de tous les autres pour chacun de nous2. »

— Sartre, Commentaire sur le CD Huis Clos, 1964