Le premier anniversaire de Monsieur bébé approchant, je souhaitais publier sur le blog toute une série d’articles le concernant pour que ce mois lui soit un peu dédié (après tout c’est lui qu’inspire mes plus beaux articles). Seulement, depuis hier une phrase tourne en boucle encore et encore dans ma tête :  « je peux l’entendre ».

J’étais au téléphone avec une dame responsable du contrôle chez Pole emploi (appelons la Roberte pour plus de facilité) pour voir si je respectais bien toutes les conditions. J’étais face à un mur, face à une femme qui me sortait des phrases toutes faites, comme si on l’avait obligée à aller enfoncer la tête dans l’eau encore plus profond des gens qui veulent avancer. Avant que l’on me dise quoique ce soit, je tiens à préciser que je suis consciente qu’elle ne fait « que son boulot ».

J’ai eu beau lui expliquer qu’étant dans une grande ville, isolée de ma famille, le papa ayant des horaires compliqués, sans moyen de garde car n’ayant le droit à aucune aide nous ne sommes pas prioritaire pour une crèche (dans le sud et dans une grande ville, il faut parfois rester un an voire plus pour avoir une place) et qu’une assistante maternelle reviendrait trop cher, il était parfois compliqué de mener une recherche aussi active qu’elle l’espère. La seule phrase qu’elle a su me réponde c’est « je peux l’entendre, je peux l’entendre ».

Au fond elle n’en a rien eu à faire et le summum a été lorsqu’elle m’a affirmé « je ne vous fais pas une fleur mais un bouquet entier ». Ah parce qu’en plus ils leur apprennent l’humour pendant leur formation. Alors oui c’est facile d’être derrière son téléphone et d’aller taper sur une maman qui, non ne fait pas rien depuis un an, mais qui s’occupe de son fils sans aucune aide, sans n’avoir eu ne serait-ce qu’une seule demi journée pour elle.

Alors pourquoi si peu de compassion dans ses propos ? N’a-t-elle jamais eu de difficultés ? N’a-t-elle pas eu d’enfants ? Les élections approchant, n’est-ce pas une pression de la part de sa direction pou radier des personnes et ainsi faire baisser le taux de chômage ?

Cette histoire m’a alors amenée à me poser certaines questions, notamment sur l’association mère et travail dans notre société.

Je vous préviens d’avance cet article risque d’être très long alors prenez de quoi manger ou partez-vite en courant si vous n’aimez pas les pavés.

De nos jours, la société accepte d’être solidaire avec des personnes qui font un choix dans leur vie qui ont des conséquences comme le fait de fumer, de boire, des excès de vitesse mais aussi des personnes qui à un moment ont besoin de notre aide, qui ne s’en sortent pas. C’est ce qui fait la particularité de notre pays, et je ne le dénonce pas bien au contraire. On paye aussi pour la haute sphère politique, mais dès qu’il s’agit de donner une contrepartie financière à une maman qui se dévoue corps et âme à ses enfants pendant un temps, on la regarde comme si c’était un déchet de la société, comme si elle ne méritait pas de la reconnaissance. Je vous rassure je ne suis pas là non plus pour faire un article de plus qui oppose les mères au foyer et les actives.

Chacune devrait pouvoir avoir les moyens de faire comme elle le ressent, au moins pendant un certain temps, or beaucoup de femmes subissent et ont de nos jours pas réellement le choix.

Il y a celles qui se font remercier à leur boulot quand elles annoncent une grossesse (mon cas), celles qui doivent accepter un poste en dessous de leurs compétences car on ne donne pas de responsabilité à une maman, celles qui ont un poste à responsabilités mais qui se rendent compte que ça ne leur convient pas et aimerait profiter un peu plus de leur vie et ne pas finir à 22h le travail, celles qui rêveraient de rester à la maison avec leur bébé pendant leurs premiers mois sans être payées une misère ( une réforme du congé parental ne serait pas de refus), celles qui sont contraintes de renoncer à leur carrière car elles ne peuvent faire autrement…..la liste pourrait encore être bien plus longue.

En réalité, la société veut que la femme fasse des enfants car c’est ce qui fait tourner un pays mais on ne lui en donne pas les moyens, sans parler du fait que c’est encore mal vu au travail et qu’elle doit encore choisir de privilégier sa vie familiale ou sa carrière, puisque rien n’est véritablement fait pour elles.

Tout d’abord le congé maternité Ah la la reprendre 2 mois après ! Comment dire, je vais essayer de rester polie : je me demande si c’est un homme qui a fait cette loi. Il ne doit pas avoir conscience qu’après le marathon de l’accouchement, le corps ne se remet pas comme ça. Pour certaines c’est plus difficile que d’autres avec par exemple les dépressions post partum qui sont très souvent minimisées et mises sur le compte des hormones.

Revenons à Roberte. Si j’en crois ses paroles, il aurait fallu que je recherche un emploi dès le moment où mon congé maternité s’est terminé, alors que bébé avait 2 mois et demi. Je ne sais pas si elle a eu des enfants ou non mais si c’est le cas, son cerveau a dû effacer une partie de sa mémoire.

Je fais le choix de ne pas parler du père car l’article deviendrait un roman mais 11 jours de congé paternité ? La plupart du temps un père qui aurait envie de rester auprès de ses enfants est encore plus mal vu qu’une femme car c’est considéré comme moins habituel, moins « normal » . Il ne faudrait pas bousculer les habitudes de la vieille France.

je reste consciente que l’on a de la chance en France d’avoir tout ça contrairement à certaines pays, toutefois dans d’autres la mère est également mieux considérée.

Maintenant que bébé est un peu plus grand et que je pense à retourner sur le chemin du travail, je me heurte à de nombreuses difficultés, à commencer par le mode de garde.

J’habite dans une grande ville dans laquelle il faut presque inscrire son enfant en crèche avant même de tomber enceinte pour espérer obtenir une place. Lorsque l’on en obtient enfin une, on est confronté à des horaires qui sont à mille lieues de la réalité d’une vie active. Je sais pas pour vous, mais il y a très peu d’emplois pour lesquels vous avez comme horaires 9h-16h (certaines crèches avec des horaires spéciaux existent mais elles sont très peu nombreuses) . Il faut alors prendre une nounou pour les horaires en extra ou se reposer sur la famille, seulement comment fait-on quand cette dernière n’est pas à 5 minutes de nous ? On fait pas.

On peut toujours se tourner vers une assistante maternelle me direz vous mais encore une fois, sans aucune aide, ça demande un certain effort financier (pratiquement un salaire y passerait).

De plus, peu importe le mode de garde, il n’y en a aucun qui fait de l’interim ou du CDD, or aujourd’hui il n’est pas rare de débuter comme cela dans les entreprises. C’est un peu le cercle vicieux car je me vois mal établir un contrat d’une année à une assistante maternelle pour une mission intérimaire de seulement un mois, si derrière je reste encore plusieurs mois sans travail, mais en contrepartie si je ne le fais je ne pourrais pas trouver du travail non plus.

Je n’écris pas tout ça pour me plaindre loin de là, juste pour rendre compte que tout n’est pas toujours fait pour ces parents, que beaucoup font de leur mieux et galèrent et qu’au lieu de rencontrer un peu de compassion et de solidarité on se heurte à des murs et des personnes qui vous enfoncent encore plus. On a beau y mettre toute la volonté du monde, parfois sans aucune aide, c’est un peu plus dur de rechercher un emploi (quoique j’ai bien pensé à emmener bébé à des entretiens mais je suis pas sûre que ça soit bien perçu).

« Alors très chère Roberte, apparemment vous pouvez entendre mais vous ne pouvez pas comprendre. Je suis sûre que vous prenez votre travail très à coeur, et que vous-même vous faites de votre mieux mais sachez qu’un mot gentil, de la compassion n’a jamais fait de mal à personne. Merci de m’avoir donné l’impression d’être inutile, un peu comme un déchet de la société alors que j’élève le futur de la France, celui qui payera surement votre retraite. Je ne pense pas profiter du système, je n’ai jamais rien demandé à personne et me suis toujours débrouillée seule, je n’ai pas volé mon chômage, je ne pense pas le mériter plus ou moins qu’un autre. J’ai travaillé pour l’obtenir, j’ai fait un poste sous payé, sous qualifié, avec des heures supp, en cumulant que des contrats d’interim ou CDD afin d’être jetée comme un vieux mouchoir usé lorsque que l’on ma considérée comme inutile. Comprenez que ce n’est pas toujours facile. Je ne vous en veux pas, bien au contraire, j’ai simplement de la peine pour vous. Vous devez être bien triste dans votre vie pour faire de l’humour sur le malheur des gens plutôt que d’essayer de les comprendre, même si je comprends votre position.
Bien cordialement, Une maman. »

Voilà j’aimerais tout simplement que les choses bougent de ce côté là, que chaque parent ait véritablement les moyens de décider de sa vie et non de réaliser des choix par défaut. Que celle qui veut travailler puisse avoir les moyens de faire garder son enfant, qu’elle ne soit pas mal vu par son employeur et que celle qui souhaite rester auprès de ses enfants pendant au moins les premiers mois voire les premiers années de bébé soit aidée aussi et pas considérée comme inutile.

Je n’aime pas parler politique et je ne le ferai pas mais le changement commence aussi en faisant entendre sa voix dans les urnes alors n’oubliez pas d’aller voter.

Je vous embrasse et je reviens très vite avec un sujet beaucoup plus léger.